Les fédérations sportives doivent se réinventer ou mourir

Les fédérations sportives doivent se réinventer ou mourir

Des prix des licences trop élevés au dire des licenciés. Des collectivités qui pour mieux se rapprocher de leurs électeurs multiplient les services digitaux « gratuits » aux sports, des startups s’engouffrant dans des niches en offrant des plateformes d’intermédiation entre des amateurs et des professionnels pour des rencontres ou des pratiques de sport collectif ou individuel.

Faire du sport pour vivre mieux ensemble sans contrainte et sans engagement.

Le sport quand je veux, où je veux et avec qui je veux sur laquelle s’est positionnée l’offre privée. Les réseaux sociaux font que l’on n’a plus forcément besoin d’une association de loi 1901 pour pratiquer un sport. Libre d’une pratique autonome mais pas forcément solitaire.

Mais que font les fédérations Sportives ?

Les Fédérations en France sont toutes légitimes pour proposer à leurs licenciés, aux pratiquants hors fédération, occasionnels et aux amoureux du sport une multitude de services en ligne : lieu de rendez vous, partage de transport pour aller voir un match, mise en relation avec des coachs, mise en relation avec d’autres pratiquants la même discipline …

Les fédérations sportives ont le réseau politique au sein des collectivités. Elles bénéficient d’un label de sérieux et de qualité vis-à-vis de ces politiques mais aussi du grand public. Elles sont et doivent être l’intermédiaire naturel entre tous ces acteurs.

Les fédérations sportives doivent faire coïncider les produits ou les services proposés avec les attentes et besoins des sportifs amateurs ou professionnels, des collectivités, des associations sportives.  Abandonner ces territoires à d’autres acteurs du privé pourrait demain les faire disparaître.

Jean-Pierre Siutat président de Fédération française de basket-ball distingue justement les 600 000 licenciés, les 2 millions de pratiquants et les dix millions de sympathisants. Ce président utilise les réseaux sociaux pour avoir un contact avec eux. À terme, Monsieur Siutat envisage une stratégie de la relation avec son public. « Il s’agira de considérer les gens en face de nous comme des consommateurs de basket, un peu comme le font les grandes marques. Et cela autour de l’événementiel ou des produits dérivés ».

Pour ne pas « mourir », les fédérations sportives ont l’obligation de ne pas laisser ces espaces numériques à des acteurs qui ne visent qu’un objectif pécuniaire. Elles doivent innover et s’approprier ces services auprès de leur public licencié ou non, à l’instar de la fédération de basketball.

Aux acteurs sportifs de choisir : le temps est venu de s’adapter.

Qui sont les concurrents des fédérations sportives ?

De nouveaux acteurs occupent les territoires laisser vacants par les fédération sportives

Les exemples sont nombreux.

le futur des Fédérations sportives
Fédérations sportives licences dématérialisées

Finance : e-cotiz permet un système de paiement en ligne des cotisations sportives. Tech’4’Team propose l’organisation de manifestations avec des enjeux de rentabilité liés à la billetterie. Des applications smartphone de live streaming comme Periscope ou Meerkat permettent de filmer tout événement et de le retransmettre en temps réel sur les réseaux sociaux. On peut voir circuler sur les réseaux sociaux des vidéos de matchs de football sans que les détenteurs de droits des compétitions comme les ligues sportives ne touchent de royalties. Des alternatives digitales permettent aujourd’hui de faire et d’organiser des rencontres sportives sans avoir à se lier à un club. A  l’instar des sociétés Trainme et Gymlib  qui mettent en relation des coachs avec des particuliers et ou des salles de sport. Certaines startups proposent des outils digitaux d’organisation, de plannings qui permettent de se comparer et demain de se faire remarquer par des clubs professionnels en dehors des fédérations.

Les essais matériels sont facturés par des sociétés comme Testpass.

D’autres start-ups permettent d’amortir des sports onéreux par une « location » d’infrastructures tel Equimov qui permet de louer mieux ses installations sportives en l’occurrence des box et installations pour les chevaux dans toute la France. Fizix associé au réseau de salles Neoness avec ses 31 salles, qui offre de prendre rendez-vous avec des coachs pour des leçons individuelles ou en groupe.

L’intégration sociale, rôle aujourd’hui dévolu aux fédérations sportives s’invite dans les services de sociétés privées. Ainsi, la mode du running, devenu phénomène de société, en constitue une parfaite illustration.

La société Ouirun met à sa disposition son application pour ne plus faire du sport seul.

Des marques comme Nike proposent de se rassembler, de se rencontrer tout en faisant du sport en commun autour de ses magasins. Nike prend en main le contact direct et l’animation de ses clients. Nike via les réseaux sociaux peut faire sa publicité auprès de ses clients, qui deviennent alors des bénévoles  travaillant  gratuitement tout en donnant de nombreuses données de leur vie privée.

Pourquoi laisser aux entreprises privées et collectivités ce que les fédérations sportives avec leur esprit de partage, de dépassement de soi, d’entraide et de convivialité peuvent et savent aussi organiser ?

Derrière la gratuité du service, c’est la mise en place de parts de marché captif, la disparition des valeurs sportives sociales et politiques. Le sport ne devient alors qu’une simple distraction entre amis.

Les Déchaînés est un site internet qui permet à chacun de réserver un terrain de tennis en 1 minute et sans engagement. Leur objectif : Proposer une expérience simple et ludique à tous les joueurs qui ne veulent pas s’engager dans un club. Leur mission : rendre sa liberté au sport urbain en permettant de faire le sport que vous voulez, où vous voulez, quand vous voulez.

sport-gratuit
sport-en-ville

Pour le sport collectif sans fédération, regardons l’exemple de  Sporteasy qui organise des rencontres de tous les sports d’équipe comme le football, le basketball … Des sites comme Footballincluisves sont des plateformes communautaires sur le football, permettant à ses utilisateurs et membres de consulter, collecter, mettre en ligne et d’échanger toutes les informations sur l’histoire du football mondial.

Et ne parlons pas des villes pour qui la mise à disposition d’équipement sportif gratuit et d’application smartphone permet de gagner une image dynamique en empiétant sur le travail des fédérations avec des moyens de proximité et de ressources financières sans limite.

Les villes réfléchissent à l’assouplissement de la mise à disposition de leurs équipements : terrain de basket, tennis, football … Sans créneau horaire et avec des systèmes de réservation en ligne. Ainsi la piscine du Wacken à Strasbourg a mis en place une application, qui permet à chacun de gérer sa propre pratique et d’organiser son propre planning. Demain, j’irai nager en fonction du nombre de nageurs ou des profils de nageurs présents à la piscine.

A l’époque du « Moi, je me regarde et je veux que l’on me voit » l’application Kinomaps transforme tous les sportifs en guide via des vidéos en ligne qui permettent d’identifier de nouveaux parcours (course à pieds, vélos…) et de se comparer aux autres.

Une multitude de services émergent autour du sport.

Ainsi vendre du matériel d’occasion au travers de plateforme comme  Preppysport .

D’autres sites d’entraides liées au sport vous proposent de réaliser des économies en partageant les déplacements ensemble,  Horsicar en est un très bon exemple.  Vous trouverez des véhicules à louer pour votre cheval ou à partager pour limiter les frais d’une compétition.

Le « blablacar des sportifs » doit être proposé par les fédérations pour des raisons de sécurité et de maîtrise de leur public.

Et puis, il y a le solitaire qui s’appuie sur une application pour réaliser le sport qu’il veut et pouvoir se comparer ; comme  l’application Frequence-running, ces applications remplacent le coach humain par un coach 100% dématérialisé.

Aidez-vous les uns les autres : Les nouvelles applications de sport sont là pour répondre à ce besoin

L’uberisation du sport a commencé : demain, des entraîneurs privés permettront pour des sommes modiques, de pratiquer son sport et de participer à des compétitions en dehors des fédérations.

Comment les fédérations de sport peuvent-elles anticiper ces transformations ?

Le sportif solitaire grâce à son smartphone sera cette fois-ci, un e-client de la pratique sportive.

A Paris, des cours en salle sont pratiqués par des sportifs compétents au prix de 50€/heure à partager entre les participants. Le nombre des participants  étant limité. Il devient alors possible de pratiquer son sport dans un environnement supervisé par un « professionnel » pour quelques euros par mois, sans engagement, sans contrainte et de pouvoir se comparer avec d’autres sportifs en ligne sur l’ensemble du territoire.

Il n’est pas dit que le coût soit inférieur à ceux pratiqués par les fédérations. Mais le « sentiment de » le sera. En effet, payer en début de saison 200€ ou payer tout au long de l’année quelques euros par participation, même si cela revient à la fin de l’année à plus de 200 euros l’emportera pour une partie de la population qui aura du mal à changer ses habitudes du « libre choix ».

Les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de l’arrivée des nouvelles technologies dans le sport. Les fédérations n’ont pas ou peu pris conscience des enjeux de transformation qui voient leur échapper une multitude de licenciés.

Et pourtant le digital est une mine d’informations pour mieux connaitre ses licenciés et pouvoir enfin leur offrir des services utiles, pratiques et faciles d’accès. On pourrait imaginer un partage de voiture à la « blablacar » entre parents d’une même équipe sur l’application smartphone d’une fédération. On peut imaginer de pouvoir comparer les résultats sportifs d’un licencié à l’échelle nationale.

A l’heure du datamining, de l’égocentrisme et de la pratique d’un sport même collectif, la non-digitalisation de service aux licenciés est un risque majeur de perdre ce combat. Et ce ne sont pas des lois qui protégeront les fédérations.

J’ai un ami qui retrouve régulièrement  des  « inconnus » pour pratiquer ensemble le vélo sur des distances de 200 Km. Un point de rendez vous est fixé dans Paris. Puis ensemble, ils vont jusqu’à Dieppe pour revenir en train. Ce même ami va courir 2 heures avec des « inconnus » qui ont le même niveau et condition physique. On se réunit en fonction de ses performances, de l’envie, de la météo et en dehors de toute structure.

Running Heroes encourage les coureurs en leur faisant bénéficier de récompenses et de bons de réduction chez les plus grandes marques. Et pourquoi ne pas offrir des réductions pour des places afin d’assister à des événements sportifs ?

Le sport associatif risque lui aussi d’être concerné par cette révolution numérique qui supprime de fait les intermédiaires institutionnels que sont les fédérations, en tendant à isoler les individus au nom de leur liberté tout en détruisant les liens collectifs et sociaux que procurent les fédérations sportives.

Les fédérations sportives en danger

L’arrivée de nouveaux acteurs de la « nouvelle économie » pourrait bien aller jusqu’à la disparition d’un certain nombre de clubs sportifs issus de la vieille économie du sport qui se pratique au sens classique. A moins que les fédérations décident à leur tours d’occuper ces territoires.